Les success stories
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Crée en 2003, Thalasso n° 1 devenu ÔVoyages est l’une des plus belles success story de ces 30 dernières années dans le tourisme. A son origine, un enfant de Creil (Oise) nommé Raouf Ben Slimane devenu, aux côtés de son associée, le plus grand tour opérator indépendant en France. Aussi discret que déterminé, l’inventeur du « séjour bien-être » accessible à tous nourrit une vision de l’entreprise où l’inclusion est une condition de la performance économique. Quand l’histoire personnelle se mêle à la réussite professionnelle : rencontre avec un dirigeant venu de loin, épisode 1 de notre série Success Story !
Vous avez construit une entreprise qui réalise aujourd’hui 350 millions d’euros de chiffre d’affaires et entre dans une nouvelle phase de son développement. Mais qui était le Raouf Ben Slimane d’avant ?
Depuis mon enfance à Creil, l’ambition n’a jamais été un gros mot. Je me suis donné les moyens de l’assumer en travaillant sérieusement à l’école, à l’université. Mes parents m’ont donné une éducation plutôt stricte, avec des règles mais surtout des valeurs fondamentales basées sur le respect de soi et des autres, le sens du partage et la bienveillance. Mais j’ai toujours voulu sortir du cadre par volonté d’indépendance, d’autonomie. Tracer ma route, comme on dit. Je suis issu d’une famille nombreuse et très modeste… Ma posture pour schématiser a été celle d’un enfant respectueux de ce qui lui a été transmis tout en étant focalisé sur ses objectifs personnels, je savais ce que je voulais et notamment décider de mon avenir.
Justement parlez-nous de ces valeurs qui vous accompagnent encore comme dirigeant d’entreprise ?
Travail, respect et bienveillance ! Lorsque vos parents vous parlent de la nécessité de travailler pour réussir, vous le comprenez d’autant plus vite que vos conditions sociales ne vous donnent pas d’autre choix. La notion de respect et de bienveillance dans mon entreprise se traduit par une posture d’ouverture vis-à-vis de toutes mes équipes. Symboliquement mon bureau est toujours ouvert. Ouverture d’esprit et respect vont de pair. On peut aimer la compétition, le défi, mais sans se croire au-dessus ni écraser l’autre.
Humanisme et bienveillance sont des valeurs qui me touchent chez les autres et j’espère les avoir, et cela n’est pas exclusif non plus de l’exigence.
Dans ce chemin vers le succès, y a-t-il eu un tournant ?
Ma première expérience professionnelle. A peine 2 ans après l’obtention de mon 3e cycle en droit des Affaires, j’ai décidé de me lancer avec un associé dans la vidéosurveillance avec une première création d’entreprise. Nous étions au tout début des années 90 et donc au début de la période d’accélération de cette industrie, avec le déploiement de caméras de surveillance dans les banques, les hypermarchés, les entreprises et aussi les villes qui en étaient à leur premiers essais.
Et une rencontre va tout changer …
Il ne faut jamais sous-estimer l’importance des rencontres. Celle avec le duc d’Orléans, Jacques d’Orléans, a été courte mais incroyable ! En tant que Public Relations, il nous a ouvert les portes des grandes boîtes du CAC 40. A moins de 30 ans, je me retrouve en train de négocier des contrats d’installations mais aussi des systèmes de sûreté avec les dirigeants de Ricard, de Matra etc.
C’est là que je me découvre un talent de négociateur et surtout de stratège : la première caméra sous dôme que vous voyez partout aujourd’hui, la blanche en forme de boule, c’est nous ! Et nous l’avions importé pour concurrencer un de nos prestataires confortablement installé dans son fauteuil de leader mondial mais qui proposait des caméras beaucoup plus grosses et beaucoup moins discrètes …
Y a-t-il un échec dont vous avez surtout appris ?
Cette première expérience entrepreneuriale a été fabuleuse aussi parce qu’ elle s’est mal terminée avec l’associé et que cela a été très formateur. J’ai beaucoup appris sur le sens du mot confiance. Et au-delà, sur la nécessité d’avoir une vision. Et surtout une nature : diriger une entreprise est un sacerdoce ! Il faut avoir l’état d’esprit en plus d’une expérience et de certaines qualités poussées à l’extrême : la résistance au stress et la capacité à dupliquer sans cesse les efforts c’est 8 sur l’échelle de Richter ! Les compétences viennent avec le temps et de la confrontation avec le terrain. Cet ensemble peut conduire à la réussite.
Justement, quel sens donnez-vous au mot « réussite » ?
Pour moi, la réussite ne se mesure pas uniquement à la performance économique d’une entreprise. Elle réside aussi dans sa capacité à apporter quelque chose de positif à la société, à répondre aux aspirations des gens et, à son échelle, à améliorer leur quotidien. Réussir, c’est d’abord avoir une vision, savoir anticiper les évolutions de notre société et imaginer des réponses à des besoins qui ne sont pas toujours encore exprimés. Dès 2003, j’avais pressenti que nous entrions dans une époque marquée par l’accélération de nos rythmes de vie, le stress et un besoin croissant de déconnexion. C’est de cette conviction qu’est née l’idée de créer un tour-opérateur spécialisé dans les séjours de bien-être. Mais la réussite, ce n’est pas seulement avoir une vision et la concrétiser. C’est aussi être capable de fédérer des femmes et des hommes autour d’un projet commun, de leur donner envie d’avancer, de grandir et de s’épanouir professionnellement.
L’économiste Milton Friedman défendait l’idée que la seule responsabilité sociale d’une entreprise était d’accroître ses profits. Partagez-vous cette vision ?
Le profit en soi n’est pas une quête. Juste une nécessité pour permettre ce qui compte le plus : pérenniser l’activité, innover et contribuer à l’émancipation des salariés. La vraie responsabilité de l’entrepreneur c’est de se développer en partageant la richesse.
En quoi cette approche vous engage-t-elle en matière d’inclusion ?
L’inclusion est d’abord un engagement vis-à-vis de moi-même. J’ai une conviction : l’inclusion est une condition clé du développement et de la pérennité de notre activité. Qui peut croire que l’on peut durablement créer de la croissance sans respecter la parité, sans permettre à des jeunes d’accéder à l’emploi, sans favoriser la mobilité professionnelle en interne ? Personne. Assumer sa responsabilité sociale est un levier de performance.
Votre parcours influence-t-il votre approche de la responsabilité sociétale ?
Totalement. Je sais d’où je viens et je sais où je veux aller. Je le revendique : être différent, avoir un profil atypique comme on dit est un atout, pas une tare. Mon parcours m’a donné une force, un tempérament. Ma réussite ne tombe pas du ciel : elle vient de mes neurones, de ma culture, de mes valeurs.
D’où vient l’idée de ces « séjours bien-être » ?
Comme je l’ai expliqué, j’avais compris que nous entrions de plus en plus dans le siècle de la vitesse à outrance, du stress et de la performance ….tout cela engendre du mal –être ; c’est donc pour répondre à ce mal être que la notion de voyages bien–être a été créé, c’est l’antidote.
Y a-t-il un projet qui vous fait lever le matin ?
Depuis longtemps nous aidons des enfants privés de vacances à partir. Je veux aller encore plus loin en apportant une aide spécifique aux jeunes issus de milieux modestes qui veulent poursuivre leurs études. J’ai vécu en banlieue et même si la vie était plutôt agréable à l’époque pour sortir du lot ça n’a pas été facile. Je veux aider ceux qui se donnent les moyens en travaillant et qui ont compris la valeur du mot persévérance à aller au bout de leurs projets
Quelle image aimeriez-vous que les jeunes générations retiennent de vous ?
Celle d’un visionnaire qui a contribué au développement du tourisme en France. Tout en permettant à de nombreux jeunes de trouver leur place par l’accès à un CDI, par l’alternance, par la formation. J’aimerais qu’ils gardent cette image d’une entreprise qui donne sa chance à chacun.
Propos recueillis par la Fondation Mozaïk